On parle de relations intergroupes quand l'interaction sociale est influencée par l'appartenance à différents groupes sociaux.

1. Catégorisation sociale

Tout comme nous avons tendance à structurer le monde physique en regroupant les objets en différentes catégories, nous avons tendance à structurer notre environnement social en regroupant les individus en catégories sociales.
La catégorisation est le processus qui consiste à regrouper les objets en catégories. La catégorisation sociale est le regroupement d'objets sociaux (individus).
Nous avons tendance à classer les individus selon un même système de catégorisation hiérarchisée.
Il existe quelques catégories de base qui sont les catégories dans lesquelles on classe immédiatement un individu. Généralement, ce sont l'âge, le sexe et l'ethnie. Ensuite, il existe des sous-catégories.
Nous catégorisons les objets sociaux et non sociaux par besoin de simplifier notre environnement.
Ce processus n'est pas sans conséquence sur notre perception des individus : il nous amène à exagérer les ressemblances intracatégorielles et les différences extracatégorielles. L'effet d'homogénéisation est renforcé lorsqu'il s'agit d'un exogroupe (groupe auquel on n'appartient pas).

a) L'expérience de Tajfel et Wilkes (1963) : catégorisation d'objets non sociaux

Objectif : tester l'effet d'accentuation de l'homogénéité et des différences sur des objets non sociaux.
> On demande aux participants d'évaluer la taille d'une série de 8 lignes de longueurs variables.
> Une catégorisation cohérente est proposée aux membres du groupe de condition 1 : A pour les quatre lignes les plus longues, B pour les quatre plus courtes.
> Le deuxième groupe, condition 2, est confronté à une suggestion aléatoire de catégorisation : A et B sont associés à des lignes, sans rapport de longueur.
> Le troisième groupe ne se voit pas proposer de catégorisation. C'est le groupe contrôle.


Les résultats confirment l'impact de la catégorisation sur l'effet d'accentuation de l'homogénéité : le groupe 1 a tendance à surestimer la similitude des lignes d'une même catégorie et les différences de taille entre les lignes appartenant à des catégories différentes.

b) Application à des objets sociaux

Le même type d'expérience a été mené sur des objets sociaux.
Dispositif : Les participants doivent écouter un enregistrement d'une discussion entre trois noirs et trois blancs.
A chaque intervention, on montre aux sujets une photo de la personne qui parle. Au terme de la discussion, les sujets reçoivent la liste des interventions et doivent indiquer qui a dit quoi.

>> Les sujets arrivent facilement à déterminer si une intervention  a été faite par un noir ou par un blanc, mais confondent les noirs entre eux et les blancs entre eux.
La catégorisation nous amène à percevoir les membres d'un même groupe social comme interchangeables.

Ce qui différencie la perception d'objets sociaux et la perception d'objets non sociaux est que l'homogénéisation ne concerne pas seulement les caractéristiques physiques mais aussi les caractéristiques psychologiques.
La catégorisation a pour conséquence directe l'utilisation de stéréotypes dans la perception de l'individu.

2. Stéréotypes et perception sociale

a)
Qu'est-ce qu'un stéréotype ?

Stéréotype
= croyance socialement partagée concernant les caractéristiques communes attribuées à un groupe social.
Cette croyance ne correspond pas forcément à la réalité. Les stéréotypes ne concernent ni un individu particulier ni un objet non social, mais un groupe social.
Ex :
"Les français font bien la cuisine"
"Les italiens sont de bons amants"
"Les femmes sont bavardes."

b) Le rôle des stéréotypes dans la perception sociale

Ils nous permettent de générer des attentes vis-à-vis d'un individu, avant même de le connaître, au niveau de ses caractéristiques, sur la simple base de son appartenance à un groupe social.
Les stéréotypes influencent la manière dont nous traitons les information sociales.
Ils orientent :
> L'attention : on néglige des informations. "Nous voyons ce que nous voulons voir".
> L'interprétation : "Nous comprenons ce que nous voulons comprendre".
> La mémorisation : Nous retenons seulement les informations conformes au stéréotype. "Nous retenons ce que nous savons déjà".

Des recherches confirment l'impact des stéréotypes sur la perception sociale.
Expérience :
Montrer qu'un comportement identique est perçu différemment selon le groupe d'appartenance de l'individu perçu.
> On montre au participant un film où discutent deux personnes. Au cours de la discussion, l'un des deux bouscule l'autre.
On fait varier la couleur de peau de l'agresseur et de l'agressé.
> Les participants doivent juger les comportements des deux acteurs.
>>> Le coup est jugé violent par par 70% des participants quand il est porté par un noir et par 15% quand il est porté par un blanc.

Par ailleurs, les stéréotypes nous amènent à "percevoir" des informations en rapport avec nos croyances, alors que nous ne les avons pas réellement perçues.

Expérience :
On présente une image à un participant, qui doit raconter ce qu'il a vu au suivant, qui doit le raconter au suivant... jusqu'à la 6ème personne.
Sur l'image, on voit un homme noir habillé en costume qui discute avec un homme blanc habillé en ouvrier et tenant un rasoir en main.
>>> Le rasoir devient couteau et passe de la main blanche à la main noire, et les vêtements sont échangés, au bout de plusieurs récits.

Les stéréotypes amènent à provoquer des informations concordantes : c'est l'effet PYGMALION (provocation chez l'autre du comportement attendu).

Expérience 1 :
Des sujets blancs doivent recevoir des candidats à l'embauche noirs ou blancs.
Objectif : voir si l'appartenance ethnique du candidat influence le jugement du recruteur.
>>> Les recruteurs sont beaucoup plus ouverts sur le plan non verbal (café, serrer la main, sourire...) avec les candidats blancs.

Expérience 2 (contrôle) :
Les participants sont dans le rôle du candidat reçus par un compère (qui connaît le but de l'expérience) qui se comporte soit froidement, soit de façon ouverte et chaleureuse.
Objectif : mesure des performances des candidats dans ces deux situations.
>>> Les performances des candidats sont meilleures si le recruteur est chaleureux.


3. Préjugés et conduites discriminatoires

a) Définition des concepts

Préjugé ≠ stéréotype
= attitude généralement négative à l'égard des membres d'un groupe social, sur la simple base de son appartenance catégorielle.

Préjugé = attitude, tendance à l'action, jugement ;
Stéréotype = croyance, cognition qui n'a pas forcément de conséquences comportementales.

Les préjugés sont composés de trois dimensions :
> Une dimension motivationnelle : tendance à agir d'une certaine manière à l'égard d'un groupe.
> Une dimension affective : attirance ou répulsion.
> Une dimension cognitive : croyances, stéréotypes à l'égard du groupe.
Les préjugés présupposent obligatoirement l'existence de stéréotypes. Cependant, on peut avoir des stéréotypes qui ne se traduisent pas en préjugés.

Les préjugés peuvent donner lieu à des comportements discriminatoires (comportements généralement négatifs à l'égard d'un groupe social, sur la simple base de leur appartenance à ce groupe social).
Toute conduite discriminatoire présuppose l'existence de préjugés, mais les préjugés ne se traduisent pas toujours par des conduites discriminatoires.

Les formes les plus connues de discrimination sont le racisme et le sexisme. Les groupes sociaux qui font objet de préjugés et de conduites discriminatoires sont les groupes les moins valorisés, ceux qui s'écartent de la norme (norme = être un jeune homme blanc hétérosexuel et en bonne santé).
La discrimination se manifeste par différentes formes, allant du simple évitement aux actes les plus violents, en passant par tous les actes d'exclusion, de mise à l'écart.


La discrimination positive est souvent mise en place pour éviter la discrimination négative (ex : dispositifs mis en place pour les handicapés dans les entreprises : quotas d'handicapés salariés...).

La discrimination positive reste cependant une discrimination : on ne considère pas la personne mais son groupe d'appartenance. Valoriser un individu sur la base de son appartenance à un groupe social revient à exprimer des attentes négatives à l'égard du groupe en question.

b) Mise en évidence des conduites discriminatoires

Expérience : Présentation au sujet de profils (CV + lettre de motivation) identiques et attribution de ces profils à des personnes d'appartenances catégorielles différentes.
>>> Mise en évidence nette de discriminations.

c) Théories explicatives des conduites discriminatoires

>> Théorie du bouc émissaire (Dollard)

Théorie basée sur la théorie de la frustration-agression (voir "le comportement agressif").
Le comportement agressif résulte d'une frustration, c'est-à-dire d'une impossibilité d'atteindre ses objectifs.
L'agression est tournée de manière privilégiée vers la source de la frustration, mais si celle-ci est absente ou non atteignable (hiérarchie), l'agression est déplacée vers un bouc émissaire, la cible la plus facile (groupes minoritaires).



>> Théorie du conflit réel (Sherif)

La discrimination résulterait d'une situation de conflit entre des groupes sociaux pour des ressources limitées : les groupes sociaux ont des intérêts communs incompatibles (compétition).
Si la compétition engendre des conflits intergroupes, la coopération améliore les relations :l'interdépendance des intérêts amène des relations amicales.
Cette théorie a été vérifiée par Sherif dans le cadre de camps de vacances pour ados.
> Les enfants, qui ne se connaissaient pas, sont répartis en deux groupes équivalents. Pendant une semaine, les deux groupes n'ont pas de contact, et chaque groupe est confronté à des activités intéressantes. Chaque groupe doit se donner un nom : création d'une cohésion de groupe.
> On engage les groupes dans divers jeux de compétition (tournoi). Observation des comportements. Développement de comportements hostiles entre les groupes. Dévalorisation de l'exogroupe et surestimation de l'endogroupe.
> On propose aux deux groupes des jeux de coopération à but supra-ordonné (but qu'on ne peut atteindre qu'ensemble). Cette situation réduit très vite les hostilités intergroupes, des amitiés naissent entre les individus des deux groupes.
Le simple contact ne suffit pas, il faut une réelle situation de coopération.

>> Théorie de l'identité sociale (Tajfel)

La discrimination se manifeste en dehors de tout conflit sans même que les individus se connaissent. Nous avons une tendance naturelle à diviser l'humanité : NOUS (les meilleurs) et EUX (les moins bons). C'est le biais endogroupe.

Expérience :
> Les participants sont répartis en groupes minimaux (groupes constitués selon critère aléatoire, quelconque).

> Chaque participant a le choix entre différentes possibilités de rémunération qui seraient attribuées respectivement à deux sujets.


> Choix de parité ou valorisation d'un groupe ? Les sujets avantagent systématiquement le membre de l'endogroupe. Ce qui leur importe n'est pas qu'il reçoive beaucoup, mais qu'il reçoive plus que l'autre.

Pour nous définir, nous utilisons nos groupes d'appartenance. Faire une différence entre "mon groupe" et "un autre groupe" permet de construire mon identité : moyen de construction identitaire, de différenciation soi/autrui.