Cette thématique renvoie à la façon dont l'individu perçoit et interprète son environnement social. L'étude des perceptions sociales remonte aux années 1950 avec deux thématiques principales :

 

> Comment jugeons-nous les individus inconnus ?
> Comment expliquons-nous les comportements des autres ?

1. Premiers travaux sur la formation des impressions

En quelques minutes, nous avons déjà une impression précise sur la personne que nous venons de rencontrer.

 

a) Travaux de Asch

Asch cherche à vérifier deux hypothèses :

> A partir d'un ensemble d'informations plus ou moins disparates concernant les caractéristiques de la personne, l'observateur arrive à se constituer une image globale cohérente de la personne (image globale similaire d'un observateur à l'autre).

> L'observateur est capable d'ajouter ensuite aux caractéristiques de la personne de nouvelles caractéristiques non directement observées.


Dispositif expérimental :

> Les participants reçoivent une liste de traits de personnalité
> Ils doivent imaginer que ces traits appartiennent à la même personne
> Ils doivent juger cette personne quant à d'autres traits de personnalité

Résultat
Une même liste de traits de personnalité aboutit à des jugements semblables sur d'autres traits de personnalité par les différents participants.


Comment l'individu construit-il une image globale cohérente ?

Hypothèse Gestaltiste : l'impression globale ne correspond pas à la somme des informations reçues concernant les caractéristiques de la personne. L'individu n'additionne pas les informations mais les met en relation.

Pour vérifier cette hypothèse, Asch définit deux effets :

 

> L'effet de Primauté :
L'impression globale est plus déterminée par les premières informations reçues que par les suivantes.
Expérience : Asch présente aux participants une série de traits de caractères en faisant varier leur ordre de présentation.
Pour la moitié des sujets, la liste débute par des caractéristiques positives, suivies de caractéristiques ambiguës et se termine par les caractéristiques négatives (A).
L'autre moitié des sujets a la même liste présentée dans l'ordre inverse (B).


La liste A aboutit à des jugements plus positifs alors qu'elle contient exactement les mêmes informations que la liste B.

Explication : Les premières informations reçues influencent de manière déterminante la façon dont nous interprétons les informations qui suivent.

> L'effet de centralité
Indépendamment de leur position dans la liste, certains éléments ont une importance plus marquée que d'autres. Ce sont des éléments centraux.
Expérience : Asch présente une liste de caractéristiques plutôt positives.
Pour un groupe figure « chaleureux » en quatrième position et pour l'autre groupe il est remplacé par « froid ».
Les jugements sont radicalement différents alors qu'ils ne diffèrent que sur un élément.
Si Asch utilise « poli » et « impoli » à la place de « chaleureux » et « froid », l'expérience ne fonctionne pas.
 « Chaleureux » et « froid » sont des traits centraux, ils ont un sens prépondérant.

 

b) Les théories implicites de la personnalité (Bruner et Tagiuri)
 

Ces théories renvoient aux croyances quant aux relations qui existent entre différents traits de personnalité et permettent de prédire les caractéristiques d'une personne à partir de quelques informations connues. Ces théories ne sont pas conscientes.


Nous agissons en fonction de l'interprétation de la situation et non de la situation même. Tous ces facteurs peuvent se combiner.

Modèle de la co-variation (Kelley)
L'individu s'appuie sur trois sources d'information pour expliquer un comportement :
Un étudiant a eu une bonne note en psychologie sociale
> Consensus : comportement d'autres individus dans la même situation (comparaison de la note de l'étudiant aux notes des autres étudiants)
> Consistance : comportement habituel de la personne dans la même situation, à d'autres moments (comparaison avec les notes habituelles en psycho sociale)
> Différenciation : comportement de la personne dans d'autres situations (comparaison aux notes de l'étudiant dans les autres matières).

En fonction de ces trois dimensions, le percevant choisit le type d'attribution causale pour expliquer le comportement.

 

Le consensus renseigne surtout sur l'attribution causale interne/externe.
La consistance est en rapport avec l'attribution stable/instable (consistance élevée : facteurs stables).
La différenciation est en rapport avec l'attribution globale/spécifique (différenciation faible : attribution globale) et avec l'attribution interne/externe (différenciation faible : facteurs internes).

Les trois types d'information sont combinés pour retenir une certaine forme d'attribution causale.

Différentes études confirment que lorsque les observateurs disposent des mêmes informations (consistance, consensus, différenciation), ils réalisent les attributions causales telles que le modèle de Kelley le prévoit. 
Cependant, les individus manifestent des préférences parmi les trois sources d'information. Ils tiennent davantage compte de la différenciation et de la consistance et ont tendance à négliger le consensus : focalisation sur la personne, oubli du contexte.
L'individu commet donc des erreurs, des biais attributionnels :

Erreur fondamentale d'attribution :
Privilégier les facteurs internes dans l'explication du comportement d'autrui (manque de prise en compte du consensus, du contexte).
Expérience : Un participant doit rédiger, devant les autres participants, des questions de culture générale, et les poser à un autre participant. Tous les autres participants doivent ensuite évaluer le niveau de culture générale du questionneur et du questionné.
Le questionneur est jugé plus cultivé que le questionné, alors qu'il n'a eu à répondre à aucune question et qu'il connaissait forcément les réponses à ses propres questions.

Les individus ont tendance à privilégier les facteurs internes. Ceci apparaît même quand l'individu a été contraint à avoir un comportement.

 

Comment expliquer l'erreur fondamentale d'attribution ?

> Besoin de contrôle : les facteurs internes sont plus contrôlables que les facteurs externes.
> Besoin de justice sociale : « on est responsable de la situation dans laquelle on se trouve ».
> Besoin de compréhension et de prévisibilité : les explications internes sont plus simples.



Biais acteur/observateur :
On a tendance à expliquer un comportement différemment selon qu'on est auteur ou observateur de ce comportement.

> pour expliquer notre propre comportement, nous avons recours à des facteurs externes.
> pour expliquer le comportement d'autrui, on recourt aux facteurs internes.
Cette divergence s'explique par différents facteurs :

> Acteur et observateur ne poursuivent pas le même objectif : l'observateur cherche à comprendre le comportement d'autrui, et l'acteur cherche à justifier son propre comportement. La justification passe plus facilement par des facteurs externes. Se justifier par des facteurs externes est parfois valorisant : ils permettent de se présenter comme quelqu'un de flexible, qui s'adapte à la situation présentée.
> Ce biais est aussi explicable par des facteurs plus cognitifs : acteur et observateur ne disposent pas des mêmes informations. On se connaît mieux soi-même qu'on ne connaît autrui. La variabilité situationnelle est plus importante pour soi, il est plus facile d'expliquer son propre comportement par des facteurs externes.
> Effet de perspective visuelle : on ne se voit pas quand on agit, on voit la situation. Il est donc plus facile d'expliquer un comportement par des facteurs externes.
On voit une personne agir lorsqu'on se place en observateur. On peut donc expliquer son comportement par des facteurs internes.

 

Biais d'autocomplaisance
Nous avons tendance à privilégier les facteurs internes pour les événements positifs (réussite) et les facteurs externes pour les événements négatifs (échec). Raison : nous avons besoin d'une certaine valorisation de soi, d'une certaine image de soi positive.