On parle de soumission à l'autorité lorsqu'un individu change de comportement afin de se soumettre aux ordres émanant d'une autorité perçue comme légitime.
Différentes caractéristiques de cette forme d'influence sociale :
- elle se situe à un niveau interindividuel (conformisme et innovation sont des phénomènes intragroupes)
- elle implique un différent statut entre source et cible d'influence : un rapport hiérarchique
- la pression de la part de la source d'influence est explicite : il y a volonté d'influencer.

a) L'expérience de Milgram (années 1960-70)

Milgram veut déterminer jusqu'où les individus peuvent aller dans des actes odieux, simplement parce qu'une personne qui représente une supériorité le leur a demandé.
Les participants sont recrutés par petite annonce. Au moment où un participant arrive au laboratoire, on lui explique que la recherche porte sur le rôle de la punition dans l'apprentissage. En même temps, un compère (une personne qui connaît le but de l'expérience) se présente.
Par un tirage au sort truqué, on détermine que le compère jouera le rôle de l'élève et que le participant naïf jouera l'enseignant.
La tâche de l'enseignant est de faire apprendre une liste de mots associés (ex : ciel-bleu) à l'élève puis à l'interroger en lui donnant le premier terme.
Le compère fait volontairement des erreurs, et l'enseignant doit punir l'élève avec un choc électrique d'intensité croissante (entre 15 et 450V).
Le compère est attaché sous les yeux du participant sur un fauteuil avec des électrodes sur les bras. Le participant est ensuite conduit dans une autre pièce par l'expérimentateur, où il pourra entendre ce que dit l'élève. On lui confie une manette graduée de 15 à 450V (avec des explications en face de chaque tension quant à la gravité d'un choc sur l'homme). Évidemment, le compère ne reçoit pas réellement de chocs mais est acteur, pousse des cris.
> Le compère donne des réponses fausses selon des séquences préétablies. Le sujet punit le compère, et à chaque réponse fausse il doit augmenter la tension de 15V. Celui-ci mime la douleur et fait progressivement signe de vouloir arrêter l'expérience. Lorsque le sujet hésite ou refuse de continuer, l'expérimentateur insiste pour qu'il continue.
> L'expérience est considérée comme terminée lorsque le participant demande trois fois d'arrêter ou inflige trois chocs de 450V.

On met en place des groupes contrôles, où les participants choisissent eux-mêmes l'intensité à administrer.

65% des participants ont été jusqu'au bout, soit la mort de l'élève, par trois chocs de 450V.
Dans les groupes contrôles, on n'a administré que des chocs faibles. On en déduit que l'obéissance s'explique par soumission à l'autorité et non pas par choix.
Cette expérience est reprise dans différentes cultures et l'on obtient des résultats similaires.

b) Comment expliquer la soumission à l'autorité ?

Facteurs psychosociaux :
- Les sujets obéissent à un personnage doté d'autorité, abandonnent leur état d'autonomie pour adopter un état d'agent. Ils ne se sentent plus responsables de leurs propres actes, se considèrent comme l'instrument de la volonté d'autrui. Ils ne se posent plus la question du bien ou du mal, estiment qu'ils n'ont pas à juger leurs propres comportements.
- Intériorisation d'une norme de soumission : la soumission est une norme sociale apprise dans l'éducation.
- L'engagement : le choix d'un comportement me pousse à continuer ce comportement ("j'y suis, j'y reste"). Le sujet est progressivement engagé dans l'escalade des punitions (15v par 15V).

Les résultats de Milgram s'expliquent aussi par des facteurs du contexte (Milgram est connu, n'est jamais remis en question, son laboratoire est renommé...)

c) Les facteurs susceptibles d'atténuer la soumission à l'autorité

> Proximité de la victime :
            - contact physique (l'enseignant doit appliquer la main de l'élève sur une plaque électrique) : 30% d'obéissance
            - proximité (enseignant et élève dans la même salle) : 40% d'obéissance
> Prestige institutionnel plus faible (bureaux délabrés, expérimentateur inconnu) : 48% d'obéissance
> Autorité perçue comme non légitime (ordres venant d'un compère) : 0% d'obéissance
> Autorité remise en question par un autre expérimentateur : 0% ; par un compère : 10% d'obéissance
> Éloignement de l'autorité (expérimentateur dans une autre pièce) : 21% d'obéissance (les participants mentent à l'expérimentateur).